La mort comme paperasse
Dans la mythologie occidentale, l'au-delà tend à être dramatique. Portes perlées. Lacs de feu. Jugement final par une divinité omnisciente.
L'au-delà chinois est... un bureau.
Diyu (地狱), le royaume des morts chinois, est organisé comme un gouvernement impérial. Il y a des cours, des juges, des greffiers, des gardes, et un système élaboré de punitions calibrées selon des péchés spécifiques. Les morts ne font pas face à un unique moment de jugement divin. Ils traversent un processus bureaucratique en plusieurs étapes qui peut prendre des années. Cela s'accorde bien avec Les fantômes affamés et les âmes errantes : Les morts troublés du folklore chinois.
Ce n'est pas un hasard. La mythologie chinoise reflète la société chinoise, et la société chinoise a été organisée autour de la bureaucratie pendant plus de deux mille ans. L'au-delà est tout simplement le système d'examen impérial étendu au-delà de la mort.
Les Dix Cours de l'Enfer
Le roi Yama (阎罗王, Yánluó Wáng) préside la cinquième cour, mais il n'est pas le seul juge. Il y a dix cours au total, chacune supervisée par un roi différent, chacune responsable de juger différentes catégories de péchés.
La première cour s'occupe du traitement initial — essentiellement de l'admission. Le dossier de vie de la personne décédée est examiné. Si elle a vécu une vie vertueuse, elle passe directement à la réincarnation. Sinon, elle poursuit son chemin à travers les autres cours pour obtenir une punition.
Ceci est remarquablement similaire à la manière dont fonctionnait le système légal impérial chinois. Les affaires passaient par plusieurs niveaux d'examen. Différents fonctionnaires avaient autorité sur différents types de crimes. Le système était lent, minutieux, et profondément préoccupé par les procédures appropriées.
Corrompre les Morts
L'une des caractéristiques les plus distinctives de la croyance dans l'au-delà chinois est la pratique de brûler du papier joss — de l'argent en papier, des maisons en papier, des voitures en papier, des smartphones en papier — pour les morts. La logique est simple : si l'au-delà est une bureaucratie, alors l'argent y fonctionne de la même manière qu'ici.
Ce n'est pas du cynisme. C'est du pragmatisme. La culture chinoise a toujours compris que les systèmes reposent sur les relations et les ressources. Envoyer de l'argent à vos proches décédés est un acte d'amour exprimé par le moyen le plus pratique disponible.
Le Mois des Fantômes
Le septième mois du calendrier lunaire est le Mois des Fantômes (鬼月, Guǐ Yuè), lorsqu les portes du royaume des morts s'ouvrent et que les morts marchent parmi les vivants. Pendant ce mois, les gens brûlent des offrandes, laissent de la nourriture, et évitent les activités qui pourraient attirer l'attention des fantômes — nager, déménager, se marier.
Le Mois des Fantômes ne concerne pas vraiment la peur. Il s'agit d'entretien. La relation entre les vivants et les morts nécessite une attention régulière, tout comme toute autre relation. Vous nourrissez vos ancêtres parce qu'ils restent de la famille. Vous brûlez de l'argent pour eux parce qu'ils ont toujours des dépenses.
L'Au-delà Moderne
Les Chinois contemporains ont des relations complexes avec ces croyances. Beaucoup diraient qu'ils ne croient pas littéralement dans les dix cours de l'enfer. Mais ils continuent à brûler du papier joss.